03 juin 2007

Un golf à Martigues : vous avez dit « durable » ?


Article paru dans La Provence - Dimanche 3 juin 2007

Le Conseil Municipal délibérait vendredi sur le projet de création d’un golf de 19 ha dans le parc de Figuerolles. « Délibérer », c’est beaucoup dire, le maire - après avoir tenté plusieurs fois de l’interrompre - ayant conclu notre intervention par un savoureux : « vous n’avez pas de conseil à nous donner ! ». Il semblerait qu’à Martigues, la fonction de Conseiller Municipal ait perdu tout son sens… Serait-ce l’effet de l’exercice de tant de mandats successifs par une même personne ?

Nous soulevions notamment la question de l’utilisation de l’eau, des engrais et des pesticides, afin de faire en sorte que, si les martégaux souhaitent vraiment (mais leur a-t-on demandé leur avis ?) investir plus de 3 millions d’euros dans un golf, cela soit sans impact supplémentaire sur la ressource la plus précieuse aujourd’hui dans la région et sur la planète. Le maire ne semble pas décidé à mettre en pratique les principes de l’urbanisation durable dont il se targue à longueur de discours, et encore moins ceux de la démocratie qui devraient régir les séances du Conseil Municipal.

Nous vous livrons ci-dessous notre intervention dans son intégralité. Nous publierons prochainement les échanges qui ont suivi, et nous invitons d’ores et déjà les martégaux à s’exprimer sur ce blog, et à se manifester le moment venu, lors de l’enquête publique qui devra se tenir.

Anne-Marie FRUTEAU DE LACLOS
Groupe de la Gauche Citoyenne

Intervention au Conseil Municipal du 4 juin 2007

Parc municipal de Figuerolles. Création d’un golf « pitch & putt ». Approbation du programme du concours sur esquisse. Marché de maîtrise d’ouevre et désignation des représentants du Conseil Municipal au jury.

« Le nombre de golfs en France a été multiplié par 5 depuis 10 ans, preuve du dynamisme du marché de cette activité de moins en moins réservée aux couches les plus aisées de la société. Tout porte donc à croire qu’une telle installation augmenterait l’attrait touristique de Martigues.

Il est possible aussi qu’un golf municipal puisse être un lieu inhabituel et innovant de mixité sociale. Mais cela dépend essentiellement de ce que la Ville entend décider comme modalités de « mise à disposition » du lieu aux habitants, chose sur laquelle il n’y a pour le moment pas vraiment d’information dans le dossier, mise à part la mention de la fréquentation par les scolaires.

Par ailleurs, la conception des bâtiments (le club-house, les locaux techniques, etc.) telle qu’elle est exposée dans le dossier relève des principes de la Haute Qualité Environnementale, y compris au niveau de l’exploitation des bâtiments. C’est un point très positif.

Toutefois, ce projet soulève la question majeure du maintien de la ressource en eau, que ce soit du point de vue de l’utilisation de l’eau pour l’irrigation et l’arrosage, que du point de vue de l’utilisation d’engrais et de pesticides susceptibles de polluer les réserves en eau.

La consommation prévisionnelle mentionnée dans l’étude est de 60.000 m3 par an et nous voyons, sur la base des statistiques nationales, que cela représente celle de 1500 habitants. C’est une quantité qui n’est pas négligeable. D’ailleurs, une réflexion importante sur l’utilisation de l’eau est présentée dans le dossier. Cette réflexion cerne les possibilités de minimiser la consommation en eau. Mais, à part peut être l’utilisation de revêtements synthétiques pour les « départs », rien ne permet de penser que les actions adéquates seront prises.
La Ville dit adhérer à la charte liant la Fédération Française de Golf et le Ministère de l’Environnement. Cette charte vise notamment à réduire de 30% l’utilisation d’eau provenant des réseaux publics. Mais elle garantit, en contrepartie, des conditions adaptées de restrictions lors des sècheresses. Ceci pour ne pas détruire le secteur économique constitué par le parc des terrains existants.

Pour les nouvelles installations, l’enjeu est autre, et pour le projet de Martigues en particulier, l’utilisation de la ressource en eau (que ce soit en eau brute du Canal de Provence, en eau de forage, ou encore pire en eau potable) est inconcevable à l’heure où les sècheresses se succèdent et s’intensifient d’année en année. Il faut se rendre à l’évidence, nous n’avons pas le choix : nous devons récupérer et utiliser l’eau de pluie (car il pleut, même si notre région est la plus sèche de France) et l’eau traitée provenant de la station d’épuration, comme le font déjà, certes à peine 8% des golfs en France, mais comme le font depuis plusieurs années la majorité des golfs étrangers.

En ce qui concerne la question des engrais et des pesticides, une étude similaire aurait pu être menée. Car il existe des alternatives aux produits couramment utilisés qui sont toxiques pour le milieu naturel. Rien n’apparaît dans le dossier. C’est plutôt mauvais signe pour une installation située aux abords de l’Etang de Berre, qui est un écosystème déjà fortement fragilisé. Pourquoi sur ce sujet important s’en remettre seulement aux dispositions liées à l’adhésion à la charte ? Cela n’est pas suffisant.

Par ailleurs, l’existence sur l’emprise prévue pour l’installation du golf de deux espèces végétales rares et protégées doit également être considérée avec attention et respectée.

Ce projet est assujetti à la Loi sur l’Eau. Nous espérons que la Ville fasse en sorte que l’enquête d’utilité publique relative à ce projet implique réellement la population de Martigues, concernée à tous point de vue, celui d’utilisateur potentiel et celui de financeur sur un enjeu financier de plus de 3 millions d’euros.

En conclusion, malgré certains points positifs relevés dans le dossier, nous émettons de fortes réserves sur la pertinence de ce projet. Dans l’attente de garanties sur les conditions de sa réalisation, nous nous abstiendrons, et nous serons bien sûr candidat à la participation au jury qui statuera sur le projet. Et comme je ne me fais aucune illusion sur le résultat du scrutin, je souhaite passer à ceux qui ici sont certains de participer au jury le message suivant : Savez-vous que, depuis plusieurs années déjà, l’eau est un bien plus précieux que le pétrole lui-même ? Savez-vous qu’en 2005 l’Etat a lancé un Plan National de Gestion de la Rareté de l’Eau ? Cela veut dire que nous n’en sommes plus à gérer la ressource, mais à gérer la pénurie ! Savez-vous que, depuis le 15 mai, notre région est déjà déclarée en « Vigilance Sècheresse » par le Préfet ? Alors je vous invite à garder cela en mémoire lorsque vous aurez à jouer votre rôle d’arbitre dans les choix que le jury devra faire. »

Résultats des votes :
Le programme a été approuvé à la majorité par 41 voix pour (majorité municipale et UMP) et 2 abstentions (Gauche Citoyenne)
Les représentants élus à la commission : 4 (Majorité municipale) et 1 (UMP)

2 commentaires:

Martigues Citoyenne a dit…

Concernant cet aménagement prévu dans le parc, J’ai deux commentaires :

Je m’interroge sur la véritable vocation de ce parc. On nous parle d’un espace vert, mais dans la réalité je vois se construire des routes, des ronds points, des lotissements, un cinéma, des restaurants, un bowling et autre chef d’œuvre en charpente métallique. Le golf et son inévitable club-house va amputer 10% de la superficie du parc. On parle aussi d’une piscine.
Je crains que Figuerolles ne devienne une simple réserve foncière pour les multiples projets de la mairie.

On peut s’interroger sur les raisons de ces coûteux projets « sortis du chapeau » : Répondre aux besoins prioritaires de la communauté ou plutôt donner des contrats à certains ?

Eric Osmont

Martigues Citoyenne a dit…

Inutile de dire qu'en ce qui concerne le golf, sport populaire provençal par excellence, je suis tout à fait opposé à ce type d'implantation qui est l'antithèse même du développement durable. Consommation d'eau, d'espace, rupture avec les éco-système locaux, façonnage artificiel de l'espace, si le golf est adapté à une certaine réalité anglo-saxonne il est d'un incongruité totale au niveau du climat méditerranéen.

J'ai eu, lors de mon mandat électif l'occasion de dire mon opposition à l'extension du golf d'Aix-en-Provence. Je demeure cohérent avec cette position.

J'ajoute que le golf est un phénomène de mode qui n'est pas étranger ni à l'avancée de la mondialisation libérale, ni à la vocation bronze-culs de l'Europe que les technocrates de Paris comme de Bruxelles veulent imposer à cette région.

Enfin le fait que beaucoup de communes désirent se doter de ce type d'infrastructure souligne l'absolu nécessité d'avancer vers une logique de communauté de communes basée sur des critères de représentativité géographique (quotas minma pour respecter les petites communes) et de démocratie citoyenne (élection des conseillers communautaires au suffrage universel direct pour qu'ils deviennent, entre autres, responsables de leurs décisions dans les urnes pour éviter des décisions type incinérateurs de FOS).

Hervé GUERRERA